le double visage de la vie

La première fois que j’ai vu C. il était en retard mais je savais qu’il serait en retard.

La première fois que j’ai vu C. je l’ai tout de suite reconnu mais je savais que je le reconnaitrais.

La première fois que j’ai vu C. il m’a plu mais je savais qu’il me plairait.

La première fois que j’ai vu C. il pleuvait et il faisait froid, les relands d’odeurs du MacDo de Panthéon me donnaient la nausée.

La première fois que j’ai vu C. je trainais mon corps comme une plaie ouverte et mon cœur saignait.

La première fois que j’ai vu C. j’aurais aimer pleurer mais malgré son retard il est arrivé à temps.

Il est arrivé à temps, comme il était arrivé à temps pour m’arracher mon secret. Pourquoi parmi les gens qui m’avaient demander mon adresse de blog, c’est lui que je l’ai donnée? Il n’avais même pas eu à insister, ma souffrance l’avait choisie. Je n’aurais voulu que personne d’autre que lui me lise. Je ne pouvais choisir qu’une personne qui pourrait faire le lien entre cette mélancolie déversée à l’internet et moi.

Un lien qui unirait deux êtres dans l’anonymat des douleurs quotidiennes, deux êtres qui se connaissaient mais pas trop. Il pourrait approcher ma douce folie sans en être atteint, il pourrait lire ma peine même sans la comprendre. Il pourrait recevoir mes confidences sans les craindre.

Il pourrait peut être même me comprendre sans m’aimer ni me détester.

Il pourrait être lui, je pourrais être moi sans avoir besoin de mentir. Il pourrais savoir sans avoir besoin de demander et il pourrait frôler ma vie sans jamais intervenir, sans jamais me connaître.

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Mais les confidences mènent à la rencontre qui mènent à la confrontation. Il a reçue ma confiance sans la demander, il a reçue ma confiance sans demande, avec légèreté et humour.

Il a reçue mon drame sans en faire un. Juste comme un ami qui s’assoie à coté de vous par un jour de pluie et qui dans le silence humide vous prend la main.

La suite est sûrement beaucoup plus banale. Le pavé humide de Paris a été notre compagnon de route, les bières ont écoutées nos confidences et les cigarettes ont été témoins de nos sourires.

Les banquettes molletonnées m’enveloppaient d’une douce ivresse et lui, pour ne pas m’embarrasser, ne me parlait pas de ce billet, qui pourtant s’appliquait si bien à ce moment. J’étais censée être amoureuse de M. mais ce moment était hors du temps et des sentiments quotidiens.

J’étais surtout fascinée par ce double profil qu’il avait. Il changeait de visage selon l’inclination de sa tête. Les critères de la beauté repose sur la symétrie du corps, plus il est symétriquement parfait, plus il est beau. Mais c’est justement cette asymétrie qui le rendait parfait, métaphore vivante de la vie. Il était transparent aux yeux des autres, il ne pouvait cacher la dualité de son âme, cette dualité que nous mettons tant d’énergie à cacher.

Et autour d’une délicieuse soupe chinoise, la chaleur engourdissait nos rires et ce badinage réchauffait mes plaies, me laissant au creux du ventre un désir bien réel de frôler cet étrange inconnu dont le sourire pouvait être enjôleur et carnassier au même moment.

Les lumières de l’Opéra sonnaient le glas de cette rencontre.

La ligne 14 fut celle des adieux, un lieu plein de carrelage froids et de lumières crues qui suturait cette hémorragie de chairs, de désirs, d’esperance.

Quand je suis rentré chez M. il m’a naturellement questionné sur la rencontre. Je juste répondu que j’étais heureuse de lui avoir fait confiance.

M. a secoué la tête et à lancé dans un soupir que décidément il ne me comprendrais jamais.

Pour une fois qu’il avait raison…

~ par Sarita sur mars 22, 2008.

Une réponse to “le double visage de la vie”

  1. Pour ajouter à ça, une des 2 faces s’appelle C., l’autre au sourire carnassier s’appelle K.
    Méfie toi des gens à deux visages si évident, avoués et assumés, ce sont sans doute les plus dur à cerner… Gniak !

    C’était bien joli comme histoire en tout cas. Ca m’a bien plu !

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